La Valachie, principauté de la Transyvlanie. Ses forêts denses et obscures, ses vallées venteuses. Ses collines isolées. Et le chateau du Comte. C'est là que je vis, moi, Grimwald Volf. Ma famille vit et sers le comte depuis qu'il a repoussé les Ottomans et sauvé notre clan de l'envahisseur, il y a plusieurs dizaines d'années. Je n'étais pas né à l'époque, mon père n'avait d'ailleurs que 15 ans. Aujourd'hui, j'en ai 18, et cela signifie qu'il est temps pour moi de passer le rite de passage de notre clan. Je dois gravir la montagne à la recherche du Grand Loup et le terrasser. Je me prépare à partir. Il y a un miroir dans la piéce. Je regarde mon reflet: grand, musclé, athlétique, une créte de cheveux noirs sur le sommet du crâne. La tenue tradiotionnelle du clan repose à mes coté: veste militaire brune orné d'un W, pantalon et bottes noires. Je suis à présent en pagne, comme le furent jadis mes plus lointains ancêtres. Le Comte Vlad Tepes Dracula entra alors dans la pièce. Grand, altier, les cheveux d'un blanc éclatant, la peau pale, il marchait d'un pas sur. Vétu d'une cape à haut col noire doublée de rouge, ses gants de cuir noirs brillaient à la lumiére. Ses bottes claquaient à chaque pas et sa rapiére luisait d'un air menaçant. Ses yeux perçant m'adressèrent un regard chaleureux et je pris la parole:
-Bonjour Seigneur.
-Bonjour Grim, mais appelle-moi Vlad s'il te plait.
-Je pense bien que j'en suis incapable Seigneur, ça fait 18 ans que je vous appelle ainsi.
-Grmblbl... Bon tant pis, passons. Je venais juste te souhaiter bonne chance, bien que je n'approuve pas ce rituel archaïque.
-Vous savez bien qu'il s'agit d'une tradition, nous ne pouvons pas nous en séparer.
-Je le sais, mais ça ne m'empéche pas de désapprouver. Mais prépare-toi, l'heure approche.
Trois heures. Trois longues heures que je crapahute dans les montagnes de Valachie. Le froid et la neige manquent de me terasser à chaque minute qui s'écoule. Pourtant, je reste vaillant, à l'affut, à la recherche de la moindre trace de ma proie. La tempête commençait à se lever, et le froid se faisait plus mordant. Puis soudain, je vis une empreinte dans la neige. Patte de loup, mais bien plus grande que la moyenne. Pas de doutes, c'était elle. Ma traque touchait à sa fin. La nuit tombait mais heureusement, mes capacités bestiales conférées par le sang de mon clan me conféraient une vision adaptée à l'obscurité. Je flairais son odeur, je voyais ses empreintes de pas, je pouvais même entendre sa réspiration rauque dans le lointain. Puis je le vis. Grand, presque humanoïde, me regardant de ses deux grands yeux jaunes. Il leva la tête, puis hurla à la lune, comme pour me mettre au défi. Je répondit à son cri, et il sut que j'étais là pour le tuer. Il bondit vers moi. Je l'imitai. Nous nous percutâmes en plein vol et nous tombâmes vers le sol. Nous roulâmes sur le coté et je passai au dessus de lui. Je commençai à le lacérer de mes griffes, mais un coup de boule me délogea et il se retrouva au dessus de moi, lacérant lui aussi. Puis il plongea ses crocs vers ma gorge. Roulant sur le coté, j'esquivais in extremis et me rétablit sur mes jambes. Sautant vers lui, je le renversai et le mordit à la gorge. Son sang m'aspergea, le liquide chaud me revigorant en me touchant. Mais il n'était toujours pas vaincu. Usant de toute sa vitesse et son agilité, ses griffes fendaient l'air, tentant d'ouvrir le plus d'entaille dans ma peau pour me faire perdre mon sang. Puis, épuisé, il s'arrêté un instant. Profitant de cette brèche, ma main fusa. Sa gorge céda. Sa tête tomba. Je la ramassai et hurlait à la lune, comme une bête. Comme un loup. J'était le Loup. Et la nuit m'appartenais...
De retour au chateau, je présentai la tête à mon père. Celui-ci, satisfait, me sourit, et me déclara officiélement comme un membre à part entiére du clan. Les autres membres m'acclamèrent et la tête du grand loup fut enterrée. Je gardai néanmoins une dent, par tradition. Notre clan garde toujours une trace du passé, car lui seul nous permet d'affronter le présent . La dent autour du cou, je retournai dans ma chambre, et y trouvai le Comte.
-Ah! Te revoilà Grim!! J'ai bien cru que tu étais mort!!
-Ce n'est pas un petit loup qui va me tuer, Seigneur!!
-Certes, certes. Mais j'ai une chose à te dire. Je pense que le peuple de Valachie va se soulever prochainement.
-Quoi??? Mais pourquoi???
-Mes exploits d'empalement d'ottomans m'ont donné mauvaise réputation. Les villageois me voient à présent comme un vampire assoifé de sang. Alors que tout le monde sait que je ne suis pas assoifé de sang!!
-Bien sur, mais pourtant seul le clan Volf connait votre nature vampirique. Comment les villageois peuvent rien qu'imaginer cela?
-Leur imagination justement! C'est elle la responsable. Ainsi que leur superstition. Dans ce monde où beaucoup de choses sont inexpliquées, la superstition et les croyances sont légions. Et je ne pourrai pas éviter cette rébellion, ni la matter. Je vais donc devoir mourrir dans les jours à venir.
-Mais Seigneur, votre anneau vous confére l'immortalité, vous ne pouvez pas mourir!!
-C'est justement pour ça que je voulais te parler. Je veux te confier cet anneau.
-A moi Seigneur?? Mais pourquoi donc?
-Pour que tu puisses voir comment va évoluer le monde, que tu puisses voir et comprendre tous les phénoménes de ce monde. Je veux te confier l'Anneau d'Immortalité Tepes Dracula.
Un cri retentit dehors et un bruit de verre brisé se fit entendre. Moi et le Comte nous précipitâmes vers la fenêtre. Tous les villageois étaient rassemblés avec des torches et des armes improvisées, hurlant "Mort au tyran vampire".
-Déja? s'écria le comte en dégainant sa rapiére. Il n'y a plus une minute à perdre, Grimwald. Prends cet anneau et sauve toi, cours pour sauver ta vie et mon héritage.
-Non Seigneur, il est du devoir de mon clan de vous protéger!!
-Je t'ordonne de courir pour protéger ce pourquoi je me suis battu!! Vis pour voir le monde évoluer vers plus et plus de connaissances, je te l'ordonne!!!
Effrayé par la tonalité grondante de la voix du Comte, j'obéis, et m'enfuis. Je courrus à travers la forêt. Aprés deux heures de course effrénnée, je fit une pause et me retournai. Ce que je vis me pétrifia. Le chateau, à moitié détruit et en feu, brillait sur la colline. La demeure où j'avais vécu était en train de disparaitre devant mes yeux. Ma famille, mes amis, tout brulait et mourrait sous mes yeux. Je crus voir le Comte se battre au sommet d'une tour, sous sa forme la plus bestiale. Les flammes laissaient voir un rictus de haine sur son visage déformé par le vampirisme, et des ailes semblaient lui avoir poussé. Bien que muni de sa rapiére, il semblait plus prompt à déchirer de ses griffes. Devant ce spectacle, j'hésitais à reprendre ma route.Pourtant, je me devais de survivre. Pour respecter la volonté du Seigneur. Je repris ma course.
Les années ont passé. Puis les décénnies. Puis les siécles. Et je suis toujours vivant, grâce à l'anneau de mon Seigneur. Et j'ai observé le monde depuis ses bas-fonds. Par haine envers l'humanité qui m'a arraché tout ce que j'aimais, je suis devenu l'un des pires criminels qui soient. Pourtant, un homme m'a sauvé un jour. En me faisant rentrer dans son gang, en m'offrant son amitié. C'est pour ça que je me battrais jusqu'a à la mort pour lui. Et pour les Crows.



